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 Comment Dieu est devenu chrétien

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Le pti prince
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MessageSujet: Comment Dieu est devenu chrétien   Mar 27 Mar 2007 - 17:11

Comment Dieu est devenu chrétien


RELIGION. Dans un ouvrage passionnant, l'historien Guy Stroumsa élucide la conversion du monde antique au christianisme.


Patricia Briel
Lundi 15 août 2005
Rubrique: Société



Comment le monde gréco-romain est-il passé au christianisme? Cette conversion est-elle le produit d'une lente évolution ou d'une révolution radicale? Ces questions hantent les historiens depuis près de cinq siècles. Guillaume Budé a été le premier à tenter d'y répondre en 1534. Depuis une vingtaine d'années, la compréhension de la révolution religieuse et anthropologique survenue durant les premiers siècles de notre ère s'est affinée grâce aux travaux des spécialistes de l'Antiquité tardive. Dans un ouvrage* remarquable de clarté et de concision, issu de quatre conférences données au Collège de France en février 2004, Guy Stroumsa présente l'état actuel de la recherche tout en proposant un nouveau regard sur les mutations de cette époque. Ce professeur d'histoire des religions à l'Université hébraïque de Jérusalem met notamment en évidence le rôle qu'a joué le judaïsme dans ces transformations, un angle peu abordé par les savants. Passionnant, ce livre a le mérite de mettre à la portée du grand public des recherches qui sont le fait d'un cercle d'érudits et qui restent souvent dans l'ombre.

La conversion du monde antique au christianisme ne peut plus être envisagée comme une simple victoire du monothéisme sur le polythéisme, ou une transformation interne à la culture gréco-romaine, dit l'auteur. Il y a bien eu une mutation radicale des structures anthropologiques et religieuses dans l'Antiquité tardive, dont le christianisme a été l'acteur principal. On assiste à l'effondrement des systèmes anciens, ceux des Grecs et des Romains, mais aussi celui d'Israël, et à l'émergence d'une nouvelle conception de la personne humaine qui formera la base de la culture occidentale. Guy Stroumsa appréhende ces changements à partir de quatre phénomènes: l'apparition d'un nouveau souci de soi, l'essor des religions du Livre, la fin du sacrifice et le passage de la religion civique à la religion communautaire.

Dans l'Antiquité tardive, c'est le concept même de religion qui se transforme. Les Romains pratiquaient une religion civique, extériorisée et basée sur un culte public auquel tous les citoyens devaient participer pour affirmer une identité collective et culturelle. Avec le christianisme apparaît une religion intériorisée, qui repose sur une foi personnelle adhérant à une vérité révélée et formant désormais l'essence de l'identité de l'individu et de la communauté religieuse. En d'autres termes, pour les Romains, croire, c'était faire, et donc pratiquer un culte d'où la foi était absente. Pour les chrétiens, croire, c'est avoir la foi en un Dieu unique et chercher à imiter le Christ. Ce passage a été rendu possible par l'apparition d'un nouveau souci de soi et des autres, dont l'intérêt pour la vie après la mort a été le moteur. Tandis que le sage gréco-romain, stoïcien ou platonicien, apprenait à accepter la mort et les lois de la nature, le chrétien se révolte contre elles. La résurrection implique non seulement la survie de l'âme après la mort, mais aussi la restauration du corps terrestre du défunt. Le croyant doit donc assurer son salut dans l'au-delà dès ici-bas, en adhérant à une juste croyance et en tentant de dépasser sa nature pour devenir saint.

Guy Stroumsa voit dans cette mutation un élargissement du concept de personne humaine, qui reposait jusque-là essentiellement sur l'importance de l'âme, parcelle du divin en l'homme, et le mépris très platonicien du corps. Le but de la vie n'est plus d'assurer son salut individuel en se détournant du monde pour ne plus se soucier que de la purification de son intellect, mais de se repentir, de comprendre la nature de ses péchés et de se réformer. De même, l'idéal n'est plus représenté par le sage détaché de tout, mais par le saint qui transforme le monde et se soucie d'autrui. De plus, le salut chrétien n'est pas réservé à une élite savante, mais il est offert à tous. Avec le christianisme, la morale et l'éthique font leur apparition dans la religion. C'est là, selon l'auteur, un changement anthropologique majeur venu en droite ligne de Jérusalem. Car le saint chrétien est le successeur du prophète juif, qui jamais ne se résignait à l'injustice et n'hésitait pas à houspiller les puissants.

L'intériorisation de la religion, tournant majeur de l'Antiquité tardive, a été rendue possible par l'essor du livre. Avec l'invention du codex, les chrétiens peuvent diffuser beaucoup plus largement leurs textes sacrés et les méditer chez eux. La fin des sacrifices publics, centraux dans la religion des Juifs et des païens, va également accentuer l'intériorisation de la religion. Avec la destruction du Temple de Jérusalem en l'an 70 de notre ère, les Juifs ne sont plus en mesure d'accomplir des sacrifices d'animaux. Selon Guy Stroumsa, ils vont les remplacer par la prière. Une nouvelle relation au divin émerge alors, plus intime et axée sur l'analyse de soi et des péchés. Les chrétiens s'en inspireront.

Mais la nouvelle religion n'aurait pas pu s'imposer à l'échelle de l'Empire si Constantin ne s'était converti, ouvrant la voie à l'alliance du trône et de l'autel. Une alliance porteuse de violence: la conviction de détenir la vérité, qui n'existait pas dans les autres religions de l'Empire, ne pouvait que générer l'intolérance et la haine à l'égard des autres systèmes religieux. Les païens et les Juifs ont été les premières victimes de l'esprit totalitaire chrétien. Avec la lumière ainsi projetée par le passé, on ne peut manquer, à l'issue de la lecture, de faire un parallèle entre le XXIe siècle occidental et l'Antiquité tardive. En effet, ne vivons-nous pas aujourd'hui, comme aux IIe et IIIe siècles de notre ère, dans un grand supermarché religieux où le christianisme, désormais dans l'incapacité d'imposer sa vérité par la violence, est un mouvement religieux parmi tant d'autres?

* Guy Stroumsa, La fin du sacrifice. Les mutations religieuses de l'Antiquité tardive, Odile Jacob, 214 p.


© Le Temps, 2005. Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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