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 La critique pour lutter contre le marketing politique

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Le pti prince
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MessageSujet: La critique pour lutter contre le marketing politique   Lun 12 Nov 2007 - 2:45

Citation :

Plaidoyer pour la pensée critique, supplique pour la rhétorique


Thierry Herman, maître-assistant en sciences de l'information et de la communication de l'Université de Neuchâtel, estime que le rôle de l'éducation est crucial face au marketing politique.


Thierry Herman
Lundi 12 novembre 2007


Ce n'est guère une surprise au lendemain du 21 octobre, sondages et journalistes en étaient d'ailleurs convaincus avant même la confirmation par les urnes, l'UDC n'a pas cédé un pouce de terrain dans le combat territorial que le parti inflige à ses adversaires. L'Union démocratique dite du centre, montée sur des ressorts populistes qui ne sont plus à prouver, a triomphé malgré les vitupérations des uns et les vociférations des autres.

On peut évidemment se lamenter; on peut encore pester contre la victoire de la provocation. Mais à quoi bon? Ueli Maurer, en disant que l'UDC a un programme alors que les autres partis sont anti-UDC, savait parfaitement ce que les autres partis gouvernementaux n'ont pas voulu voir: parler ou agir contre l'UDC, c'est toujours parler d'elle. Et tout publicitaire un peu futé sait que cela est bon pour les affaires.

On peut aussi interroger la responsabilité des médias. Leur rôle moteur dans la diffusion des idées populistes n'est sans doute pas à négliger, mais faire des médias la seule victime sacrificielle, c'est occulter le fait que le problème est bien plus profond.

Il y a dans cette victoire dans les urnes, malgré le ramdam des uns et des autres, au moins deux enseignements à tirer. Deux constats d'échec aussi.

Le premier constat d'échec est lié, me semble-t-il, à la toute-puissance du marketing. Inoculé dans nos esprits depuis la crise de 1929 aux Etats-Unis, le virus du marketing a agi depuis en sabordant la plupart de nos défenses. Son efficacité a été telle dans le domaine commercial que la politique l'a adopté, d'abord toujours aux Etats-Unis avec l'élection de Dwight Eisenhower en 1953, puis en Europe - comme on a pu le voir en France cette année. Comme on le constate aussi en Suisse avec la personnalisation de la politique, même si le système institutionnel s'y prête moins.

L'exigence économique de créer des besoins et d'y répondre a peu à peu donné la première place à notre identité de consommateur avant notre identité de citoyen. La puissance des marques dans l'imaginaire collectif des jeunes en est la parfaite illustration. Quand la conseillère nationale UDC Natalie Rickli affirme en une du Matin que voter UDC, c'est «tendance et sexy», on se doit de prendre acte de l'ampleur des dégâts.

Le culte publicitaire de l'émotion a franchi toutes les frontières: que ce soit dans le domaine de la politique ou dans le domaine du journalisme. Le totalitarisme de la séduction, dénoncé par l'Ecole de Francfort, nous a vaincus plus assurément que le totalitarisme autoritaire. D'autant que nous n'avons plus les armes voire même plus l'envie de résister.

Aujourd'hui, rares sont les propos qui rappellent, à l'instar de Gilles Marion, qu'avant d'être consommateurs, nous sommes aussi des citoyens et qu'être citoyen, c'est disposer d'un esprit critique et être difficile à gouverner.

Il existe pourtant des entreprises intellectuelles qui visent à munir les citoyens d'outils pour ne pas ou ne plus se laisser abuser. Il s'agit par exemple du courant de la pensée critique ou Critical Thinking. La pensée critique, largement enseignée de manière multidisciplinaire dans les campus anglo-saxons, renoue avec la discussion socratique et propose des méthodes pour analyser les arguments que l'on nous propose - si arguments il y a.

Le second constat d'échec est lié à l'abandon dans l'enseignement francophone de la rhétorique au début du XXe siècle. L'art d'argumenter dans une situation donnée et en fonction des impératifs de cette situation s'est peu à peu perdu. L'art oratoire aussi. Résultat: face aux provocations simplistes, nous sommes à la fois séduits par l'illusoire simplicité - puissance du marketing - et incapables d'y réagir - faiblesse de l'art oratoire.

Les partis ayant une éthique de la discussion ou du débat n'ont plus la force de conviction à opposer à la force de séduction d'un parti populiste. Incapables de communiquer efficacement, dépassés par la machinerie provocatrice de l'UDC, les partis traditionnels ont un train de retard. Au lendemain du 21 octobre, certains l'ont reconnu. De guerre lasse, Philippe Leuba estimait que le centre droit avait un siècle de retard en matière de communication et se disait convaincu, même s'il le regrettait, de devoir faire de la politique comme du marketing.

Si le diagnostic est juste, le remède imaginé n'aura pour seul effet de galoper après l'UDC. Il vaudrait mieux inventer un autre discours et considérer les citoyens en tant que tels.

Epoque en désarroi et «dérive émotionnelle» dénoncée en 1998 déjà par Jean Romain ne sont pas forcément des fatalités. On le voit, on le sent, l'éducation a un rôle crucial à jouer. Enseigner ou fortifier l'enseignement dans le domaine de la pensée critique et dans celui de la rhétorique devrait être une priorité si on veut éviter d'être gouvernés par nos émotions. L'Université de Neuchâtel m'a confié une charge d'enseignement en ce sens. C'est modeste, dérisoire même, mais c'est sans doute un précieux indice d'une prise de conscience.

Universités, écoles primaires et secondaires, lycées ou gymnases devraient réfléchir s'il n'y a pas moyen de mettre l'accent sur ces outils. L'enjeu est d'éviter une société bêlante et prête à être tondue pour des promesses de bonheur.

© Le Temps, 2007

Looool, j'aime bien la ptite touche d'humour à la fn... cheers

Quant au discours en lui-même, il n'est que trop vrai. Mais sera-t-il entendu par les politiciens et les acteurs éducatifs ? scratch

_________________
Si tout le monde vivait et consommait comme un Suisse, il faudrait 3 planètes supplémentaires pour satisfaire les besoins de chacun.
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